POURQUOI J'AI CHOISI D'ACCOUCHER A
DOMICILE
Pas facile d'expliquer en quelques mots ce qui m'a
conduit à accoucher à domicile.
La plupart des personnes qui ont accouché à domicile
avec lesquelles j'ai eu l'occasion de discuter ont fait le choix d'un AAD
après un premier accouchement qui s'est "mal" passé et qui leur a laissé
une impression de frustration, de ne pas avoir vécu ce moment pleinement.
Mon parcours est différent puisque j'ai choisi un AAD pour mon premier
enfant.
J'ai longtemps vécu en Alsace et je pense que ça a
fortement influencé ma vision de l'accouchement. Je me rappelle de cours
de bio sur la grossesse et la naissance dans lesquels l'épisiotomie était
présentée comme une pratique quasi révolue, réservée à une infime partie
de la population. A l'époque on nous parlait déjà de laisser la femme
libre d'accoucher dans la position qu'elle souhaitait ... Bref je ne sais
pas si je dois cette vision de l'accouchement à ma prof de bio ou bien à
l'Alsace, mais j'avais une image de l'accouchement comme d'un processus
naturel merveilleusement bien orchestré qui n'avait pas besoin d'être
médicalisé à outrance.
Grâce aux émissions locales et à la télévision
suisse et allemande que je captais, j'ai pu voir des reportages sur des
maisons de naissances ...
J'ai aussi eu la chance de voir pendant mon
adolescence plusieurs reportages sur des AAD : j'étais fascinée par ces
mamans qui avaient le "courage" d'accoucher à domicile. Je trouvais ces
reportages très émouvants : des parents très entourés par leur sage-femme
qui
avait l'air à 10 000% disponible pour eux, la vision de la maman en
plein travail était aussi différente (certes elles criaient, elles avaient
l'air de souffrir mais cette souffrance était transcendée et le regard de
ces mamans donnait l'impression qu'elles étaient transportées par un
bonheur immense). Ce qui m'a frappé particulièrement c'est la douceur avec
laquelle elles semblaient accueillir le bébé, dans l'intimité de leur
foyer, leur visage paisible qui rayonnait... Toutes les jeunes mamans
donnent cette impression me direz-vous ... et bien je trouve que ce
sentiment était encore plus fort chez elle. Elles avaient l'air en paix,
heureuse, entièrement tournées vers leur bébé. A l'époque déjà j'étais
fascinée par cette approche de la naissance, mais en même temps, je ne me
sentais pas du tout prête à la vivre moi même et j'avais l'impression que
l'AAD était réservé aux femmes ayant déjà eu un premier enfant.
Début 2004, mon ami et moi nous sommes enfin décidés
à fonder une famille. J'arrête la pilule, nous commençons les essais et en
parallèle je commence à surfer sur des sites concernant la grossesse. Une
chose est sûre pour moi : JE VEUX ALLAITER MON ENFANT. C'est une évidence
et une exigence. Or tous les témoignages récents que j'entends, me parlent
de séparation à la naissance de la mère et du bébé, de difficultés à
imposer le choix de l'allaitement, de biberons de compléments etc. Bref,
je commence à me renseigner sur l'allaitement et je prends conscience de
l'importance d'être bien entourée après la naissance : d'être dans une
maternité pro-allaitement qui respecte mon choix et de bénéficier de
conseils éclairés.
A partir de là, je commence à me renseigner sur les
maternités proche de chez moi (étant en régio
n parisienne, j'ai le choix
!). Peu à peu, je commence à découvrir "la réalité" de l'accouchement : je
tombe sur des statistique : tel hôpital : XXXX lits, XXXX césariennes, XX%
de péridurale, XX% d'épisiotomie. Gros choc pour moi ! Jusqu'à présent
j'étais persuadée que l'épisiotomie était rarissime... Je déchante vite.
Pour essayer de comprendre pourquoi il y a tant de césariennes ou
d'épisiotomies, je fais des recherches sur internet et je tombe rapidement
sur des sites soulignant l'inutilité de l'épisiotomie de routine etc. Mes
recherches du début virent à l'obsession : je veux une maternité
pro-allaitement, mais aussi respectant la physiologie de l'accouchement.
D'après ce que j'ai pu lire sur le net, je me dis que la maternité de
Nanterre est "bien" : moins de 1000 accouchements par an, une salle
de travail avec ballon pour favoriser l'ouverture du bassin, une baignoire
à disposition, ... Me voilà un peu rassurée : c'est là que je m'inscrirai
(c'est à 5km de chez moi).
Mais les recherches que j'ai mené en parallèle sur
les pratiques courantes lors d'un accouchement me laissent perplexe
et insatisfaite : Nanterre à l'air bien, mais bon ... ça reste un hôpital
et qui dit hôpital dit protocoles.
Je me souviens alors de tous les reportages vus dans
mon adolescence et je me dis que je peux trouver une maison de naissance
en banlieue parisienne : ce serait l'idéal. Je cherche, je cherche, je
cherche, mais tout ce que je trouve sur le net à trait à la Belgique, à la
Suisse. Il y a bien une maison de naissance à Sarlat mais elle fermé... et
celles d'Antony et de Montpellier sont en projet ... des projets qui
n'aboutissent pas depuis des années ! Déception énorme évidemment quand je
me rends compte que les maisons de naissance n'existent pas en France et
que les différents gouvernements ne font rien pour développer des
structures d'accueil de ce type.
Quelles solutions s'offrent à moi ? Aller en
Belgique ou en Allemagne ? Pas très réaliste ...
Petit à petit l'idée de l'AAD fait son chemin dans
ma tête. Au départ je ne suis pas vraiment convaincue. J'ai de très belles
images d'AAD en tête, mais je ne me vois pas accoucher chez moi : j'habite
un petit appartement, je me dis que les voisins vont m'entendre et puis
... je crois que c'est réservé aux femmes ayant déjà eu un enfant ... et
surtout je me vois mal convaincre mon homme.
Je me renseigne quand même sur l'AAD : je lis pleins
de récits magnifiques et des études sur les dangers ou non d'accoucher à
domicile. Et finalement je me dis qu'accoucher à domicile, c'est ce que je
souhaite. Je cherche des coordonnées de SF. Il n'y en a pas dans mon
département même mais on me parle de 3 SF parisiennes qui acceptent de se
déplacer dans mon coin... Je garde leurs coordonnées précieusement.
Dès que j'ai eu mon test positif entre les mains
j'ai contacté une SF AAD : elle me donne RDV 3 semaines plus tard et veut
que mon homme soit présent ... Oups, il va donc falloir le convaincre vite
fait.
Je fais une première tentative dans la voiture.
Réponse catégorique :"Je te préviens, si tu veux accoucher à
domicile, c'est non. Trop dangereux blablabla". Ouhlala il y a du travail.
Les jours suivants je lui parle de tout ce que j'ai vu ces derniers temps
: je lui prépare des résumés sur le fait qu'accoucher à domicile n'est pas
un acte irresponsable et dangereux, je lui montre des articles sur l'épisio
etc ... Je n'ai pas vraiment l'impression qu'il m'écoute mais bon, ça le
sensibilise à la question. Et puis un jour il me dit : "mais t'imagine :
les voisins, la moquette : non c'est pas possible" ... Il est passé du non
catégorique "trop dangereux" à non moyennement réalisable chez nous ...
Quel progrès ! Bref je l'ai convaincu de venir avec moi chez la SF : en
lui disant que cela ne voulait pas dire que j'accoucherai nécessairement à
domicile, qu'on prendrait notre décision après. Au moins ça lui
permettrait de poser les questions qu'il voudrait
et d'écouter les
arguments de la SF.
Après la visite, il était OK pour l'AAD !!!!