LE DECLENCHEMENT
Aujourd'hui en France, un accouchement sur cinq est
déclenché, c'est-à-dire qu'il est provoqué artificiellement avant qu'il ne
commence spontanément. Le déclenchement peut avoir lieu avant terme pour
raisons médicales ou de convenance. Il peut aussi avoir lieu quand le
terme est dépassé (car on craint alors des complications pour le foetus).
Un déclenchement ne peut théoriquement se faire que
sur un col mûr, c'est à dire mou, légèrement effacé ou même ouvert (score
de Bishop supérieur à 6). Plus la tête du bébé est déjà eng
agée, plus on
a de chances que l'accouchement se passe bien. Si les conditions sont
réunies, on pratique
alors un injection d'ocytocine de synthèse : l'ocytocine c'est l'hormone
naturellement sécrétée au cours de l'accouchement, celle qui provoque
notamment les contractions. A cette méthode peut s'associer également un
décollement des membranes (assez douloureux pour la femme enceinte : le
praticien introduit son doigt dans l'utérus et effectue un mouvement de
rotation pour décoller la poche des eaux de l'utérus ce qui provoque des
contractions. NB: certains praticiens pratiquent ce geste sans même en
informer les patientes !!!) et la rupture de la poche des eaux pour
accélérer le travail.
Si le col n'est pas mûr, il est possible
d'utiliser des prostaglandines (en gel) pour le faire mûrir avant
utilisation de l'ocytocine.
Une fois le déclenchement entamé, il est difficile de
revenir en arrière en cas de problème : tout devra donc être mis en oeuvre
pour faire sortir le bébé.
L'OMS estime que moins de 10% des accouchements
devraient être déclenchés. Or en France, on observe un recours croissant
au déclenchement : 8.5% en 1972, 10.4% en 1981, 15.5% en 1991, 20.5% en
1995 et 20.3% en 1998. Il s'agit évidemment d'une moyenne certains
établissements suivant les recommandations de l'OMS, d'autres pratiquant
jusqu'à 60% de déclenchements - la plupart étant des déclenchements de
convenance. Le Sud de la France et Paris sont les régions où le
nombre de déclenchements est le plus important. A Paris, le taux de
déclenchements de convenance atteint 29%.
Les déclenchements de convenance ne peuvent être
pratiqués qu'après 39 SA avec le consentement libre et éclairé de la
patiente (ce qui suppose d'informer la patiente de façon, claire,
appropriée et loyale des risques et bénéfices éventuels du déclenchement).
On peut distinguer entre déclenchements de convenance pour l'hôpital
(meilleure répartition du nombre de parturientes au sein de la journée,
d'où une gestion facilité des ressources humaines, pas d'heures de nuits à
payer, meilleur taux d'occupation des chambres etc) et déclenchements de
convenance pour la parturiente (pour que le papa soit présent, pour que
cela tombe pendant que l'aîné est "gardé", avant le 31 décembre pour
bénéficier d'une baisse d'impôts sur l'année en cours etc).
Quelques chiffres donnés par Blandine Poitel :
- une primipare sur trois est déclenchée
- une secondipare sur deux est déclenchée
- 2 femmes sur 3 sont hostiles au déclenchement en
début de grossesse, 2 femmes sur 3 y deviennent favorables au bout du 7è
mois, 95% des femmes y sont favorables à l'approche du terme ...
Si le déclenchement pour raisons médicales est
parfaitement justifié, le déclenchement de convenance augmente inutilement
certains risques.
Les contract
ions
étant plus intenses que lors d'un accouchement non déclenché, le recours à
la péridurale est quasi systématique. Il faut également surveiller
fréquemment le bébé par un monitoring (continu ou intermittent). Le
travail peut être plus long que s'il avait débuté naturellement et
l'ocytocine risque de provoquer une hypertonie utérine elle-même à la
source de complications potentielles pour le foetus. Un
déclenchement augmente le recours au forceps, les révisions utérines, les
hémorragies de la délivrance, le nombre d'admissions en service de
soins intensifs. On estime qu'un déclenchement fait sur un col mûr
augmente de 50% le risque de césarienne pour une primipare.
En ce qui concerne le bébé, le déclenchement
augmente les souffrances foetales, les détresses respiratoires
foetales après extraction, les ictères néonataux (jaunisse - et donc les
traitements par photothérapie du nouveau-né).
A lire :
Programmation de l'accouchement, les sirènes de la toute puissance par
Blandine Poitel (document PDF)