Accoucher autrement

 

 

 

L' OCYTOCINE

 

 

L'ocytocine est une hormone naturellement sécrétée par la femme enceinte au moment de l'accouchement. L'ocytocine de synthèse (nom commercial : Syntocinon) est couramment utilisée pour déclencher l'accouchement.

 

Dans 30 à 40% des accouchements, l'ocytocine est employée en cours de travail pour dystocie (c'est-à-dire lenteur du travail). Le décubitus dorsal, la péridurale, le manque de mobilité etc sont autant de facteurs ralentissant le travail et induisant par conséquent fréquemment l'injection d'ocytocine pour accélérer le travail ...

 

L'ocytocine est également utilisée en fin de travail pour éviter les hémorragies de la délivrance.

 

En réalité on observe la généralisation de son utilisation dans les accouchements normaux  : dans 8 cas sur 10 environ la parturiente se voit injecter des ocytocines..

 

 
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L'ocytocine administrée pendant le travail

 

A votre arrivée à la maternité, on vous pose quasi systématiquement une perfusion  : pour passer une solution glucosée (comme on vous force à rester à jeun pendant l'accouchement) mais aussi pour pouvoir vous injecter plus rapidement des médicaments, comme l'ocytocine (parfois sans vous tenir au courant).

 

L'ocytocine accélère les contractions : elles sont plus rapprochées et plus fortes. La douleur est plus intense, ce qui conduit beaucoup de femmes à réclamer la péridurale. Un sondage auprès des femmes à propos de l'usage des ocytociques a montré que 80% des mères avaient estimé que le travail était plus douloureux, et plus de la moitié n'en voulait plus. Penny Simkin (1986) a fait une enquête auprès de 159 jeunes mères, constatant que 76% d'entre elles disaient que les perfusions d'ocytocine engendraient du stress. Autre inconvénient  : la perfusion dans le bras réduit la mobilité de la parturiente et le monitoring souvent associé à l'ocytocine la "cloue"" au lit.

 

Parmis les effets secondaires on peut relever : nausées, vomissements, troubles du rythme cardiaque, hypotension (immédiate ou transitoire avec tachycardie si on procède à une injection intraveineuse rapide).

 

L'ocytocine empêche l'utérus de se contracter normalement : elle entraîne une hypertonie utérine et réduit le temps de rétractation de l'utérus entre les contractions or :

- l'hypertonie utérine est  source de souffrance foetale

- c'est la rétractation de l'utérus entre 2 contractions qui permet de faire sortir le bébé

- l'hypertonie risque de gêner l'involution de l'utérus et donc de provoquer une hémorragie du post-partum.

 

L'ocytocine a été mise en cause dans des cas de convulsions néo-natales et dans l'augmentation des ictères néonataux (jaunisses).

 

L'administration d'ocytocine de synthèse bloque la sécrétion spontanée : si vous avez eu de l'ocytocine pendant votre travail vous en aurez donc nécessairement pour la délivrance puisque votre corps n'en sécrète plus naturellement. C'est un cercle vicieux.

 

 
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L'ocytocine administrée en fin de travail

 

 En France, l'ocytocine est utilisé de façon systématique en fin de travail pour prévenir les hémorragies de la délivrance (HDD) :

- l'atonie utérine (= absence de contractions) est responsable de 60% des hémorragies du post-partum. L'ocytocine en "forçant" l'utérus à se contracter permet donc de prévenir les risque d'HDD par atonie utérine.

- même si la cause de l'hémorragie n'est pas l'atonie utérine, l'administration d'ocytocique est quasi systématique  : on estime en effet que les ocytocines permettraient  une bonne rétraction utérine et de limiter au maximum les pertes sanguines. (NB : comme je l'ai dit plus haut l'utilisation prolongée de l'ocytocine a cependant l'effet inverse en empêchant l'involution utérine correcte ...)

 

En l'absence de thérapeutique préventive, le taux d'hémorragies post-partum varie de 11 à 25% environ. En France, grâce à l'utilisation massive des ocytocines en fin de travail, le taux d'hémorragies de la délivrance varie entre 2 et 9% (un bémol toutefois, l'évaluation visuelle des HDD ou bien la technique de pesée conduisent à une sous estimation très importante des HHD : de 30 à 80% selon les sources).  Malgré cela, il y a 3 fois plus d'hémorragies du post-partum en France que dans n'importe quel autre pays européen !

 

Les premières causes d'hémorragies de la délivrance sont :

  • les troubles de la tonicité utérine : atonie,  hypotonie (mises en cause dans plus de 60% des hémorragies de la délivrance→ liées à la durée du travail et par conséquent au décubitus dorsal, à la péridurale etc ; à la grande multiparité; la rétention du placenta)  ou hypertonie (→ provoquée par l'utilisation prolongée d'ocytocine

  • les traumatismes génitaux, déchirures, lacérations, thrombus (→  également liés à la fréquence des épisiotomies, à l'extraction instrumentale)

  • les anomalies de l’insertion placentaire (placenta praevia, accreta →  plus fréquent chez les femmes ayant subi une césarienne, les filles "distilbène" et les femmes ayant subi des fausses couches ou avortements), les inversions et ruptures utérines (→  risque augmenté en cas de césarienne pour un premier accouchement et de déclenchement du 2nd par ocytocine ou prostaglandine).

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    Comme on le voit de nombreux facteurs de risques proviennent directement des actes subis pendant l'accouchement : décubitus dorsal, déclenchement du travail, péridurale, ocytocine, extraction instrumentale, expression abdominale, traction sur le cordon etc. Ce qui revient à dire que la gestion actuelle des accouchements en France augmente le risque d'hémorragies du post-partum (première cause de décès en France, selon le rapport du Comité d'Experts sur la mortalité maternelle, sachant que 87% des décès liés aux HDD seraient évitables !).

     

    L'utilisation d'ocytocine en fin de travail n'a donc pour but que de "compenser" les effets néfastes d'actes trop fréquemment pratiqués sans réelle indication thérapeutique.

     

    Pour compléter sur les hémorragies de la délivrance :

    Hémorragies du post-partum après accouchement par voie basse : pistes de réflexions

    http://pro.gyneweb.fr/Sources/congres/jta/98/divers/hem-del.htm
    http://www.gyneweb.fr/sources/congres/nice/00/obs/hgie-del.htm

         

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