LA POUSSEE DIRIGEE
Il est très fréquent à l'hôpital que le
praticien (après vous avoir examiné par toucher vaginal) vous dise :
"maintenant il va falloir pousser" : le moment de pousser est décidé
"arbitrairement" par le praticien en fonction de la dilatation de votre
col (qui "doit" être totale) et de l'engagement du bébé dans votre bassin.
On vous indique quand pousser, comment le faire et comment respirer. C'est
la poussée dirigée.
Mais la poussée est un acte réflexe, involontaire. Lorsqu'on laisse un accouchement se dérouler normalement, sans intervenir,
il arrive un moment où la femme a envie / besoin de pousser (parfois ce
besoin est confondu avec une envie d'aller à la selle). C'est un sentiment
très fort impossible à retenir : tout notre corps veut pousser, "ça pousse
tout seul".
Les sages-femmes n'ont pas nécessairement besoin de
pratiquer un TV pour déterminer si la dilatation est complète et si
l'expulsion commence. D'autres facteurs permettent d'évaluer à quel stade
du travail la parturiente se trouve. Le travail d'expulsion commence si :
- la parturiente pousse spontanément dès le début de
la contraction
- les écoulements sanguins s'arrêtent : c'est le
moulage : la tête du bébé s'adapte à la forme du vagin et bloque les
écoulements
- la parturiente semble "ailleurs" : c'est ce
qu'on appelle parfois "aller sur Mars" : lors de la poussée involontaire,
la femme fait appel à son cerveau primitif : c'est maintenant son instinct
qui la dirige. On doit tout faire pour préserver cet état. Or souvent on
dérange la femme sous prétexte de l'aider: par des encouragements
constants, des conseils, des questions...
- la parturiente grogne, s'accroupie
- l'anus est distendu (signe de la progression de la
tête du bébé dans le vagin)
L'expulsion est un moment très délicat : certaines
femmes arrivées à dilatation complète sont submergées par leurs émotions,
par l'impression qu'elles n'y arriveront jamais, par l'impression qu'elles
vont mourir : c'est un sentiment très fort et naturel auquel il faut se
préparer : trop peu de femmes en ont entendu parler (Lire à ce propos "aller
sur mars" sur le forum Magic Maman) alors qu'il est signe que le
réflexe d'éjection se met en place.
Par ailleurs, comme le souligne Michel Odent :
|
"Le passage vers le réflexe
d'éjection du foetus est inhibé par toute interférence de
l'intimité. Il peut être inhibé par les examens vaginaux, par un
contact visuel direct ou par l'obligation d'un changement
d'environnement. Il ne survient pas si l'intellect d'une femme en
travail est stimulée. Il ne survient pas si la chambre n'est pas
assez chauffée ou s'il y a des lumières brillantes." |
L'expulsion peut être assez longue, notamment chez
les primipares : tout d'abord, il y a le moulage : la tête du bébé
s'adapte au corps de la femme. Parfois on a l'impression erronée que le
bébé est coincé ... en fait il réalise juste les adaptations nécessaires à
son passage ... Ensuite le bébé fait des va et vient : chaque contraction
le fait descendre un petit peu ; une fois la contraction terminée, le bébé
remonte légèrement. Ce
mouvement permet d'étirer en douceur le vagin et le périnée, ce qui tend à
les préserver. Une expulsion trop rapide peut être à la source de
déchirures. A la fin, le bébé ne fait plus d'allers-retours : chaque
contraction le fait descendre une peu plus : la naissance est imminente.
A noter l'utérus multipare est plus efficace pour la
poussée : l'expulsion est plus rapide et nécessite souvent moins
d'interventions extérieures.
L'expulsion est un moment délicat où se joue la
naissance du bébé, son bien être mais aussi le futur obstétrical de la
parturiente (épisiotomie, forceps etc).
Quand je vois une naissance à la télévision, je suis
toujours énervée par l'inévitable : "inspirez - bloquez - poussez
- poussez - poussez - poussez".
Tout d'abord il a été démontré que le fameux
"inspirez - bloquez - poussez" n'apporte pas de bénéfice à la parturiente
: ce mode de respiration tend au contraire à appauvrir l'oxygénation de la
parturiente : les muscles privés d'oxygène deviennent plus douloureux (NB
: l'absence d'oxygène conduit d'ailleurs à la production d'acide lactique
... à l'origine de courbatures ultérieures !). Par ailleurs ce mode de
respiration exerce une plus forte pression sur le périnée. Des études
récentes établissent que la poussée sur la phase d'expiration serait plus
efficace, moins nocive pour le périnée et diminuerait le risque de
prolapsus. Mais le mieux est encore de
laisser la parturiente respirer comme elle le souhaite ...
Ensuite, vouloir diriger la poussée me semble une
hérésie : comme il s'agit d'un acte réflexe, il ne sert à rien de vouloir
le contrôler. Au contraire.
Essayez de vomir en contractant volontairement votre
ventre : vous n'y arriverez pas : la seule façon de provoquer un
vomissement est de déclencher le réflexe qui fera se contracter de façon
automatique et irrésistible les muscles mis en jeu dans ce réflexe
d'éjection ... Le réflexe d'éjection foetale suit la même logique. Lorsqu'on vous donne l'ordre de pousser, vous allez
forcer sur tous vos organes abdominaux pour tenter d'expulser le bébé, en
vain. La véritable
poussée est une contraction involontaire et irrésistible de l'utérus et
d'autres muscles associés - inutile donc de vous donner l'ordre de pousser
ou d'arrêter de pousser : dans le premier cas la poussée obtenue ne sera
pas efficace* et dans le second cas vous ne pourrez pas vous retenir de
pousser.
La poussée volontaire court-circuite la poussée
involontaire. Elle est épuisante pour la femme et son action néfaste est
aggravée par les positions anti-physiologiques qu'on fait adopter à la
femme (décubitus dorsal).
La poussée volontaire diminue les chances de
conserver un périnée intact : la pression exercée sur lui est plus forte,
plus brutale. Par ailleurs (fait paradoxal), le périnée pour
s'ouvrir a besoin qu'on "laisse aller" : c'est en se détendant et en
remontant que le périnée s'ouvre : pas en se contractant : or la poussée
volontaire risque d'interférer avec le processus d'ouverture du périnée.
Des spécialistes parlent également de pneumothorax,
rates éclatées, vaisseaux sanguins (capillaires) éclatés en cas de poussée
volontaire prolongée.
* NB : il faut
distinguer "poussée volontaire" et "accompagnement volontaire de la
poussée" : si la première est inefficace, il existe néanmoins quelques
"trucs" à mettre en oeuvre pour accompagner de façon volontaire la poussée
involontaire...